16.04.2008

Aux origines de la science-fiction

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Les genres littéraires ne sortent jamais du néant. Leur genèse, longue et sinueuse, découle directement d’un environnement culturel et artistique spécifique.

 

De tout temps, des textes ont fait appel à l’imagination en lieu et place de la représentation du réel. Outre les récits mythologiques, comme L’ Iliade ou L’Odyssée d’Homère, nombre de textes de l’Antiquité décrivent d’autres lieux, d’autres êtres, d’autres sociétés. Ces pures œuvres d’imagination ne s’inscrivent dans le prolongement d’aucune connaissance scientifique et technique ; le merveilleux et le surnaturel y font loi. Depuis L’histoire véritable (180 ap. J.C.)  de Lucien de Samosate, les récits épiques d’aventures fabuleuses – le voyage extraordinaire – et les descriptions de sociétés différentes – les premières utopies – abondent.

 

A la Renaissance, l’imprimerie rend possible la diffusion du savoir. Une profonde mutation débute alors, et la science et la raison prennent le pas. Léonard de Vinci, puis Copernic, ouvrent la voie à Galilée, Descartes, Toricelli… Avec le Siècle des Lumières (XVIIIème), le monde n’a ph020002.jpgplus rien d’effrayant. L’idéologie du progrès entame son irrésistible ascension.

 

L’utopie refait alors son apparition avec l’anglais Thomas More. Rêve d’une société idéale, L’ Utopie (1516) est teintée d’une forte intention morale. Déjà, le rêve se teintait d’une patine scientifique dans La nouvelle Atlantide de Francis Bacon (1627) ou la Cité du soleil de Tommaso Campanella (1623). Autres utopies, L’An 2440 de Sébastien Mercier (1771), La découverte australe par un homme volant de Restif de la Bretonne (1781). Simple jalon vers la science-fiction, l’utopie n’appartient pas au genre : elle décrit le fonctionnement de mondes meilleurs, mais n’y situe jamais le devenir de l’homme et de la société. Il en va de même avec la tradition des voyages extraordinaires. L’Autre Monde, ou les états et empire de la Lune et du Soleil de Cyrano de Bergerac (1650) est un formidable livre burlesque qui masque à peine son attaque en règle des dogmes de la religion, de la morale et de la science. Point de science-fiction non plus dans les Voyages de Gulliver (1726) le pamphlet de Jonathan Swift contre l’idéologie de son temps. Pas plus que Micromégas (1752), une farce acide, où Voltaire étrille philosophes et savants en pastichant, avec ses visiteurs venus du fond de l’espace, la mode des Lettres persanes de Montesquieu.

 

Au XIXème siècle, le monde occidental bascule dans l’ère industrielle. Nouvel âge de grandes découvertes, plus rien ne semble impossible. Deux conceptions du progrès cohabitent : une idéologie historico-matérialiste qui vise à construire un monde meilleur par la révolution, et une idéologie positive et technologique qui vise à construire un monde meilleur par la science. Ecrivains, illustrateurs, peintres, architectes – on réaménage les villes –, et plus tard cinéastes – Georges Méliès dès 1902 – relaient la certitude d’un avenir radieux.  L’Europe, débarrassée de ses vieux modèles féodaux vit un âge d’or qu’elle importe sur toute la planète pour la façonner à son image. Jules Verne se lance alors dans un véritable projet pédagogique : doté d’une solide culture scientifique, il entreprend de diffuser tout le savoir dans des romans captivants où foisonnent les connaissances qu’il pimente d’humour et d’invention saugrenues et d’invraisemblance (Voyage au centre de la terre – 1864), anticipe sur les recherches en cours dont il dévoile les perspectives vertigineuses. Testé soixante-dix ans plus tôt, le sous-marin de Vingt mille lieux sous les mers (1870) est utilisé en 1864 pendant la Guerre de sécession. Verne est le principal artisan de la popularisation de « l’anticipation scientifique ».

 

Trente ans plus tard, H.G. Wells renouvelle totalement l’approche du genre. Il se concentre sur les répercussions du fait scientifique sur la image?id=61733&rendTypeId=4société en extrapolant autour des thèses darwiniennes et scientifiques. Il apporte ainsi la dimension scientifique que recèle le genre : le conflit de La Guerre des mondes (1897) s’inscrit dans le débat passionné sur la question de la vie sur Mars, initiée par l’observation en 1892 des fameux canaux de Mars. Wells y insère une réflexion sur les drames du colonialisme. Teintée d’un réalisme social à la Dickens, marquée par la question obsédante de l’évolution, son œuvre apparaît comme un contrepoint aux visions optimistes du temps.

 

Dans le contexte on ne peut plus favorable du XIXème siècle, ces deux écrivains sont les principaux artisans d’un genre littéraire dont ils forgent les codes, les symboliques et les significations.

 

D’autres avant Jules Verne ont tenté de défricher le même sillon. Mary Shelley publie en 1818 Frankenstein ou le Prométhée moderne, où la question de l’éthique et son impacte sur la société est posée. Poe aborde aussi la SF dans les Aventures d’Arthur Gordon Pym (1838). Cinquante ans plus tard L’étrange cas du Docteur Jekyll et Mister Hyde de Stevenson (1886) nous ramène aux mêmes interrogations que celles de Mary Shelley. L’auteur se réfère aux travaux de Jean-Martin Charcot, Bernheim et Breuer sur les maladies nerveuses et l’hystérie pour les poétiser, dix ans avant Freud… Nous ne sommes pas loin du côté obscur de la Force.

 

L'auteur français Rosny Aîné tient une place considérable parmi les maîtres du genre. C'est un grand romancier d'imagination, visionnaire et familier avec toutes les découvertes scientifiques de son époque. En 1887, il écrivit Les Xipéhuz conçus dans un axe de vision beaucoup plus audacieux que celui de Jules Verne, racontant l'histoire de la rencontre des hommes avec des extraterrestres d'origine minérale, les hommes finissant, faute de pouvoir les comprendre, par les massacrer. Mais le monde où Rosny Aîné régna, ensuite, sans rival est celui de la 3802.jpgpréhistoire avec son plus célèbre roman La Guerre du Feu écrit en 1909. Avec Jules Verne et Rosny aîné, un autre auteur Français, Maurice Renard (1875-1939), est un des pionniers de la science-fiction française. Ses oeuvres de merveilleux scientifique sont connue dans le monde entier.

 

Influencé par le Fantastique des Mérimée, Maupassant, Hoffman et autres, Bram Stoker écrivit en 1897 Dracula. Mais là, nous entrons dans un autre domaine de la SF qui nous mène au Fantastique moderne, à l’Horreur, ainsi qu’à la Fantasy.